15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 23:38

titre original "Ms .45" *
année de production 1981
réalisation Abel Ferrara
scénario Nicholas St. John
musique Joe Delia
interprétation Zoë Lund


* référence au calibre de l'héroïne vengeresse

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

N'est pas Brian De Palma qui veut. Scénario linéaire et idées visuelles reçues.


La critique de Didier Koch

Nous sommes en plein dans les années Reagan quand Ferrara choisit, pour son troisième long métrage, de faire une entrée fracassante dans le film de rape & revenge, sous-genre du revenge movie popularisé par Michael Winner depuis "Un justicier dans la ville".

Ferrara, visiblement fasciné par la beauté de Zoë Tamerlis, donne un double sens au parcours tragique de Thana, jeune muette travaillant comme couturière chez un créateur de mode. Le viol soudain qui la foudroie en plein jour au détour d’une rue passante de son quartier va progressivement faire émerger la face sombre de la personnalité de Thana, dont l’éveil brutal à la sexualité transforme sa crainte des hommes, sans doute induite par son handicap, en une haine féroce jamais assouvie.

Si le film peut être vu comme un plaidoyer féministe tant la caricature des hommes est outrée, il peut aussi s’apparenter aux contes de fées tels Cendrillon ou Blanche Neige. Thana gravit rapidement toutes les étapes qui la font passer d’une jeune fille timorée et complexée à une mante religieuse aux accoutrements de plus en plus provocants. Ferrara, qui aime par-dessus tout choquer, ira même, dans un final tout à la fois décadent et extatique, jusqu’à mêler l’institution religieuse à un carnage à l’esthétique propice à être jugée complaisante par les âmes sensibles.

C’est cette dualité du propos qui fait tout le sel du film et qui constituera, dès lors, la marque de fabrique des meilleures productions de Ferrara comme "The king of New York" ou "Bad lieutenant". Fort de ces parti pris radicaux, Ferrara n’en finira pas d’alimenter la polémique à propos de son goût pour une violence outrageusement esthétisée.

Pour "L’ange de la vengeance", il faut observer une forme de dérision chez l’auteur, qui n’hésite pas à dresser quelques portraits comiques comme le patron de Thana, obsédé sexuel ridicule, ou sa logeuse envahissante, et à offrir quelques diversions affriolantes sur l’essaimage des morceaux d’un cadavre dans tout New York. Une dérision qui disparaîtra un temps du travail de Ferrara, pour réapparaître en 2007 dans "Go go tales".

Comme Ferrara, on ne peut qu’être sensible à la beauté de Zoë Tamerlis devenue Lund, qui finira sa vie à Paris, victime comme Jim Morrison d’une overdose, non sans avoir fait une dernière apparition poignante dans "Bad lieutenant" qu’elle avait coscénarisé avec Ferrara.



L'ange de la vengeance - photo

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