20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 17:12


Article d'Aurélien Portelli : cliquer ici.

• "Full metal jacket"
• "Good morning, Vietnam"
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Anciens combattants/vétérans
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• "Portés disparus", "Portés disparus II", "Portés disparus III"
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• "Rambo", "Rambo II", "Rambo III"
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La guerre du Viêtnam et le cinéma américain des années 70
La guerre du Viêtnam et le cinéma américain des années 90

Les vétérans du Viêtnam se battent pour leurs droits

Couverture du Time du 13 juillet 1981
Viêtnam : 10 ans plus tard

Couverture du Time du 15 avril 1985

Le Vietnam Veterans Memorial est un mémorial national dédié aux soldats américains morts
pendant la guerre du Viêtnam.

Il est situé à Washington, D.C. dans les Constitution Gardens, un parc adjacent au National Mall,
juste au nord-est du Lincoln Memorial.

Le mémorial consiste en 3 monuments distincts,
dont le mur de marbre noir de Bangalore long de
150 mètres sur lequel sont gravés les noms des
58 156 Américains tués ou portés disparus
pendant cette guerre, dans l'ordre chronologique
de leur disparition, entre 1959 et 1975.

Ce mur, dessiné par l'architecte paysagiste
américaine Maya Lin, fut achevé en 1982.



Le cinéma américain et son Viêtnam
"Images et sons", Béatrice Fleury-Vilatte

L'immense succès de "Rambo II" aux Etats-Unis pose un certain nombre de questions. En effet, ce film aborde un thème délicat pour la conscience américaine : la guerre du Viêtnam. Cette guerre impopulaire allait infléchir la politique extérieure des Etats-Unis vers une pratique isolationniste qui ralentirait l'intervention et l'engagement des Etats-Unis à l'étranger. L'idée, chère à Kennedy, que l'Amérique avait une mission prestigieuse, celle d'endiguer le communisme en répandant « de par le monde les valeurs et, à travers elles, le leadership des Etats-Unis »1, s'est enlisée dans les marécages vietnamiens où les soldats américains ont trouvé la mort, dans une guerre qui n'a jamais cessé de soulever des controverses. Or, pour la première fois depuis le retrait des troupes américaines du sol viêtnamien (1973), un film américain prend le parti de rectifier l'histoire en refaisant combattre un ancien du Viêtnam sur le lieu de ses prouesses antérieures, pour lui assurer, cette fois-ci, une honorable victoire.

 
   

Il faut remonter jusqu'en 1968, avec le film de John Wayne "Les bérets verts", pour retrouver un film qui affirme avec autant d'esprit partisan la légitimité du combat américain au Viêtnam. Le succès public du film, même contrebalancé par une presse critique, semblait indiquer que l'Amérique était encore prête à sacrifier ses fils dans une guerre idéologique contre un ennemi communiste.

A l'image de ce colonel américain qu'interprétait à l'époque John Wayne, Sylvester Stallone, le champion infaillible de "Rambo", n'a aucun doute sur l'urgence et la nécessité de son combat contre des forces perverses, ces militaires viêtnamiens et soviétiques qui séquestrent et maltraitent des prisonniers américains depuis la fin de la guerre du Viêtnam.

On est loin de la mauvaise conscience qui, entre ces deux films, avait motivé le cinéma américain qui abordait le sujet. En effet, les personnages qui revenaient du Viêtnam étaient tous atteints d'un dérèglement psychique qui les isolait du reste de la communauté américaine. Le héros de "Taxi driver" (Martin Scorsese, 1975), interprété par Robert De Niro, ne réintégrait le groupe qu'après l'accomplissement d'un acte démesuré où il endossait la fonction de justicier moral. L'ancien du Viêtnam était la victime d'une guerre incohérente qui, pour Elia Kazan dans "Les Visiteurs" (Elia Kazan, 1971), pouvait transformer en bourreaux des personnages qui n'étaient pas fondamentalement mauvais. Cette fatalité de la corruption les dédouanait des exactions qu'ils avaient pu commettre dans la jungle, et cela jusqu'en 1979, année du film de Francis Ford Coppola, "Apocalypse Now", où la folie s'emparait d'hommes dévorés par la guerre.
Si Rambo est un personnage tourmenté, la responsabilité n'en incombe ni à un quelconque dérèglement de sa part, ni à un indéfectible remords, mais à une certaine Amérique trop prudente qui lui aurait refusé le droit de poursuivre son combat. Il est malade, non pas de la guerre qu'il a connue, mais de ne pouvoir la prolonger. Un conflit significatif oppose l'armée, désireuse de donner raison à Rambo, à un sénateur opportuniste qui cherche à tout prix à colmater le passé pour l'oublier.

On pense évidemment, non pas seulement aux pressions exercées sur Nixon pour qu'il mette un terme à la guerre du Viêtnam mais, plus près de nous, aux conflits qui depuis 1981 opposent le Congrès à Reagan sur les projets de dépenses militaires relatifs aux troubles en Amérique latine.
Il y avait longtemps qu'un président américain n'avait pas repris aussi ouvertement position pour une participation des Etats-Unis à la lutte anticommuniste, mettant ainsi fin aux réticences isolationnistes. Ce n'est pas un hasard si Reagan a déclaré après la projection de "Rambo II" : « La prochaine fois que des terroristes nous attaqueront, je saurai quoi faire ». Non seulement, il anticipait le dénouement spectaculaire du détournement de l'Achille Lauro, mais il accréditait sa propre politique de fermeté à l'égard des pays communistes, qui le fait renouer avec l'idée que les Etats-Unis ont un rôle privilégié à jouer dans la stragégie internationale et dans l'équilibre de force entre les blocs.
Par son attachement et sa confiance envers l'armée, Rambo est conforme à la stratégie reaganienne.

Là où "Rambo II" est un film intéressant, c'est qu'il n'hésite pas à propager l'image d'un soldat américain fort et intransigeant sur le lieu d'une ancienne défaite ; elle soulage d'une pesante culpabilité. De cet amalgame, il ne reste que l'idée d'une Amérique échouant au Viêtnam par peur, et par déficience stratégique. Est balayée, du même coup, toute la mauvaise conscience qui accompagnait jusque-là l'évocation du Viêtnam. Ainsi, le sol viêtnamien redevient, dans le cinéma américain, le lieu héroïque où il est à nouveau possible de se servir de ses compétences militaires pour combattre. L'armée et ses décorations ne sont plus les parents pauvres, les sources d'une culpabilité sournoise qui poussait un militaire à se suicider juste après avoir été décorée dans "Le Retour" (Hal Ashby, 1978). L'exubérance musculaire de Stallone résume par son étalage que le Viêtnam n'est plus seulement géniteur d'estropiés ou de psychotiques, mais également de héros physiquement resplendissants.

L'énorme succès du film semblerait confirmer que les Américains ont assimilé l'idée que leur pays a une erreur à réparer : devenir enfin victorieux sur le lieu d'une lourde défaite. La formule ne s'embarrasse pas de nuances et le public américain applaudit un Rambo qui tue indistinctement Viêtnamiens et Soviétiques, exclusivement définis comme des ennemis à abattre.

Mickey Rourke se sert d'un raccourci du même ordre dans "L'année du dragon" (Michael Cimino, 1985) pour lutter contre les Chinois de Chinatown en les assimilant aux Viêtcongs qu'il avait eu à combattre dans le passé. Sylvester Stallone dans "Rambo II" et Mickey Rourke dans "L'année du dragon" jouent la carte du combat à tout prix en parsemant leur lutte de phrases explicites où l'idée de revanche alimente leur acharnement contemporain.

   

Cette revanche puise sa justification dans la matérialisation d'un adversaire démoniaque, procédé qui, parce qu'il évite d'expliciter la présence antérieure des Etats-Unis au Viêtnam, en arrive à la légitimer. Le Viêtnam était une pernicieuse contradiction dans l'image d'une Amérique infaillible, le cinéma s'attache désormais à replâtrer les fissures laissées par la guerre. Le public est enthousiaste : il applaudit à nouveau à d'autres films qui proposent des sujets analogues.

C'est le cas de "Commando" avec le must des acteurs surmusclés, Schwarzenegger, qui bat des records d'entrée.

La démesure semble être actuellement une bonne recette financière aux Etats-Unis, et une efficace thérapie contre les mauvais démons.

   

1. P. Mélandri, "La politique extérieure des Etats-Unis de 1945 à nos jours", Pans, PUF, 1982, p. 179

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