22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:18

Bonne histoire sur l'air célèbre fascination/répulsion

titre original "Best seller"
année de production 1987
réalisation John Flynn
scénario Larry Cohen
interprétation James Woods, Brian Dennehy


La critique de Pierre

Voilà un film avec une fiche technique qui donne carrément envie :
- à la réalisation, John Flynn ("Légitime violence", un classique des 70's uniquement dispo en K7 NTSC que je n'ai jamais vu, "Haute sécurité" - film de prison avec Stallone et Donald Sutherland - et "Justice sauvage" - le meilleur Seagal comme chacun sait) ;
- au scénario, Larry Cohen, un des grands papes de la série B américaine ;
- et devant l'écran, deux acteurs méga-burnés, Brian Dennehy et James Woods.

Le pitch : Dennehy joue un flic qui fait face à des truands masqués en 1972, et sort seul indemne d'un casse. Il écrit un bouquin et devient célèbre. Suit un super générique où on voit la vie du type avec des photogrammes en noir et blanc, procédé que j'adore. A la fin du générique, on se retrouve au milieu des 80's et Dennehy est dans la merde : il se fait vieux, il a des problèmes de thunes, il n'a pas d'idées pour son nouveau bouquin, sa femme est morte quelques années auparavant le laissant seul à devoir éduquer sa fille. Arrive Cleve, un mystérieux tueur à gages, qui contacte Dennehy pour lui proposer un pacte donnant son titre au film : Cleve veut se venger de son ancien patron, un grand magnat (joué par Paul "tu ne m'enc... pas Tony" Shenar), en aidant Dennehy à écrire un livre qui révèlera toute ses turpitudes. Dennehy et Cleve vont donc faire équipe...

Bon, c'est un polar 80's rondement mené, rapide, bien fait, surtout très bien campé par les deux acteurs principaux. Woods assure carrément le show dans son rôle de tueur. Reste quelques lignes de dialogues qui veulent souligner certains sous-textes (politiques ou homosexuels) de manière pas toujours très légère, mais ça n'a pas une grande importance. On s'amuse bien, et on a grand plaisir à voir Dennehy en premier rôle, phénomène trop rare.

Allez, je le conseille carrément.


La critique de Didier Koch

"Pacte avec un tueur" est un film un peu étrange, fruit de la collaboration entre John Flynn, réalisateur de polars toujours en recherche de notoriété malgré les très réussis "Echec à l’organisation" (1973) et "Légitime violence" (1977), et Larry Cohen, scénariste, initiateur de la série culte "Les Envahisseurs" et réalisateur à ses heures de séries B horrifiques.

Larry Cohen tient cette histoire inspirée par la reconversion de nombreux flics à la littérature depuis sept ans quand il peut enfin la mettre en chantier grâce à la société de production Orion. Bâti autour d’une collaboration normalement contre-nature, le scénario était dans l’esprit de Cohen prévu pour Kirk Douglas et Burt Lancaster.

Mais les aléas de la gestation du projet ont abouti à un casting moins prestigieux, qui ne manque pourtant pas de panache. L'anguleux et très inquiétant James Woods ("Il était une fois en Amérique" de Sergio Leone, "Vidéodrome" de David Cronenberg) est en parfaite opposition de style avec le massif Brian Dennehy, flic buté et brutal prenant en chasse Sylvester Stallone dans "Rambo" (Ted Kotcheff, 1982).

Venant de nulle part, Cleve (James Woods), tueur à gages en rupture de ban, choisit un flic-écrivain à la dérive suite à la mort de sa femme et à une intervention sur un casse ayant coûté la vie à trois de ses collègues, pour tout à la fois se venger d’un commanditaire déloyal (Paul Shenar) et accéder à la célébrité via une biographie où seraient relatées par le menu ses actions punitives sanglantes dans le milieu des affaires. Une sorte de pacte de Faust en quelque sorte proposé au sergent Meechum qui, à son corps défendant, cédera progressivement à la fascination morbide exercée par Cleve sachant jouer de la vulnérabilité de sa cible pour se rendre indispensable.

Cette relation teintée de soufre plutôt novatrice dans le genre policier n’est malheureusement pas exploitée au mieux par John Flynn, plus à l’aise dans l’action et les rapports frontaux entre les personnages. Michael Mann, le réalisateur de "The thief" (1981) et du "Sixième sens" (1986), plus introspectif, aurait sans doute mieux convenu pour donner la facture visuelle et sonore idoine à cette lente descente dans l’univers mental d’un tueur à gages parvenu au bout du chemin, cherchant une vaine et ultime justification à ses pulsions de mort.

Cette fêlure qui constitue le nœud gordien du film, se révèle au fur et à mesure du travail d’enquête du sergent Michuum, redonnant à Cleve la part d’humanité qu’il croyait définitivement perdue.

Méconnu et certes pas complètement abouti, "Pacte avec un tueur" fait partie des solides polars sombres de la décennie 80.

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