7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 09:22

titre original "The Bounty"
année de production 1984
réalisation Roger Donaldson
musique Vangelis
interprétation Mel Gibson, Anthony Hopkins, Laurence Olivier, Daniel Day-Lewis, Liam Neeson


La critique de Didier Koch

Roger Donaldson, réalisateur australien, a fait une carrière plus qu'honorable à Hollywood, comptant quelques réussites dans le domaine du thriller et de la comédie ("Sens unique" en 1987, "Cadillac man" en 1990 ou "Treize jours" en 2000), mais aussi un sérieux échec commercial avec cette version du "Bounty" qui, dès son premier film, aurait pu lui en fermer définitivement les portes.

C'est Dino Laurentiis qui vient pourtant de prendre un sérieux bouillon avec le "Dune" de David Lynch qui met en chantier ce projet. Si le madré producteur italien donne sa chance au novice Roger Donaldson, il prend ses assurances en confiant le scénario à Robert Bolt qui a prouvé son efficacité dans le domaine du film épique avec sa participation à l'écriture des deux chefs-d'œuvre que sont "Lawrence d'Arabie" et "Le docteur Jivago" de David Lean. Et c'est justement le scénario de Robert Bolt qui justifie ce nouveau remake arrivant 22 ans après la version de Lewis Milestone où Marlon Brando avait imposé sa vision toute personnelle du second-maitre Christian Fletcher, allant jusqu'à l'identification totale à son personnage en prenant femme dans les îles paradisiaques du Pacifique, conduisant ainsi le film jusqu'au bord de la banqueroute.

L'opposition entre le capitaine Bligh et Fletcher y compris dans la version plus ancienne de Frank Lloyd (1935) avec Clark Gable et Charles Laughton avait toujours  été montrée comme inéluctable dès la mise à l'eau du vaisseau. La partition très maniérée de Brando alla même  jusqu'à suggérer une opposition de classe clairement revendiquée que Bligh n'aurait pu surmonter, finissant par y trouver l'aiguillon à sa paranoïa  suicidaire.

Rien de tout cela dans "Le Bounty" de Donaldson, où les deux hommes sont montrés comme amis et complices. C'est tout simplement l'ivresse des vahinés après plusieurs mois de haute mer dont le passage avorté du Cap Horn qui serait au final la cause de la contestation de l'autorité d'un capitaine Bligh un peu trop laxiste qui n'aurait pas su voir l'euphorie  gagner ses hommes y compris ceux de son commandement dont un Christian Fletcher amoureux fou de la fille du roi  de Tahiti (sublime Tevaité Vernette).

Une version sans doute plus plausible même si elle ne permet pas de poser d'emblée les enjeux dramatiques qui font le sel des deux versions précédentes à travers la délectable détestation par le spectateur du capitaine Bligh plus souvent qu'à son tour tourné en ridicule. Est-ce ce parti pris qui a éloigné les spectateurs de cette version tout à fait respectable ? C'est fort possible, l'opposition entre les deux hommes, étant reléguée au second plan, ne donne pas la part belle à Christian Fletcher joué par un Mel Gibson que Donaldson présente comme un  romantique invétéré qui aurait découvert le flower power bien avant l'heure.

Passée inaperçue et presque jamais citée, cette version remarquablement filmée par Arthur Ibbetson et  mise en musique par Vangelis peut se targuer d'une approche novatrice, servie par un casting de tout premier plan avec une des dernières apparitions de Laurence Olivier, un Anthony Hopkins relativement sobre dans un rôle qui ne demandait pourtant qu'à  le voir cabotiner à la  remorque de l'immense Charles Laughton ou encore les prestations hautes en couleur de Daniel Day Lewis et de  Liam Neeson pas encore abonnés aux premiers rôles dans les grandes productions.

Un film qu'il faut à tout prix réhabiliter et qui confirme le professionnalisme jamais démenti depuis de Roger Donaldson.

Loading